
| La bière je la connais. Un peu comme Obélix tombé
étant petit dans le chaudron renfermant le liquide qui lui donne une force éternelle,
dés le plus jeune âge je fus imprégné dune culture «biere » car aussi bien
dans la famille de mon père que de celle de ma mère on brassait de la bière, on était
brasseur depuis plusieurs générations. Jai également épousé une fille de
brasseur. Leurs brasseries nétaient pas de grandes industries et non jamais
lancées de grands noms de biere, mais leurs bières servies localement comme les bières
des 1.200 brasseries du Nord de la France au début du 20éme siècle avaient la faveur
des assoiffés qui aimaient la biere. Car dans le Nord Pas de Calais on appréciait la biere. La clientèle était besogneuse, les industries textiles et les charbonnages donnaient du travail à tout le monde et après le dur labeur, la biere coulait à flot. Les nombreuses brasseries écoulaient facilement leurs bières et subsistaient bien. Il faut dire aussi quà cette époque ou lautomobile en était à ses premiers balbutiements, les voyages étaient trop chers et inexistants, la télévision encore dans les limbes, la distraction principale était lestaminet ou lon se retrouvait en famille, entre amis et ou les jeux de société étaient légion. Les licences nexistaient pas, ni les fonds de commerce. Pour écouler leurs bières les brasseurs ouvraient facilement des cafés ou ils plaçaient des gérants libres. Plus le brasseur possédait de cafés, plus il avait de chances découler sa biere ; car vous lavez compris, le café était une des principale distraction de lépoque. On y buvait très peu de vin, mais beaucoup de biere et de genièvre, un alcool de grains de la région du nord. Ce fut autre chose après la
première guerre mondiale de 14/18 pendant laquelle les cuivres des brasseries furent
«convoitées » par loccupant pour en faire des obus. Ce cuivre qui avait servi à
brasser une bonne biere et réjouir son consommateur servira bientôt à tuerces mêmes consommateurs. La deuxième guerre mondiale 39/45 vit la démolition de nombreuses brasseries. Devant lamplitude de la tâche pour reconstruire de nouvelles brasseries et devant le coût de cette reconstruction, la brasserie étant ce quon peut appeler une industrie lourde, beaucoup de brasseurs nont plus fabriqué de biere et nont pas reconstruit leur brasserie dévastée. Dautant plus que le modernisme avançant à grands pas aidé par de nouvelles technologies devenait un dévoreur de capitaux. Les brasseries les plus
importantes sont restées. A ce jour en 1997 elles fabriquent des bières passe-partout
qui se boivent partout. Le «buveur de biere » qui ne recherche que le rafraîchissement
avalera cette biere sans y réfléchir, sans même y prendre grand plaisir, cette biere au
goût souvent neutre et banalisé. Ce buveur de biere qui nest généralement pas un
connaisseur boira sa biere sans y réfléchir, sans savoir comment est brassée sa biere,
quels sont les composants de sa biere et les vertus gustatives de celle-ci. Bien
heureusement les «connaisseurs » de biere ceux qui apprécient ce noble breuvage
trouvent encore parmi les nombreuses brasseries indépendantes qui se recréent un peu
partout mais surtout dans le Nord de la France des bières dignes de ce nom, avec un
caractère particulier pour chaque biere ce qui les différencie des autres. Ce ne sont pas des « petites bières » et le terme biere
trouve ici toute sa signification. Ces bières sont uniquement brassées avec du Malt
dOrge, du Houblon, de la Levure sans naturellement oublier lEau qui rentre
pour environ 70% dans lélaboration de la biere.Restant chauvin, je ne mattache dans ce propos quaux bières du Nord de la France qui sont une centaine brassées par environ 20 brasseries en 97. Elles élaborent des bières qui nont rien a envier aux bières brassées dans dautres pays à profusion comme en Belgique véritable paradis de la biere. Dans le Nord de la France, il faut reconnaître que pour la biere nous sommes plus belges que français. Il convient ici dadmirer le courage de ces nouveaux brasseurs animés de la foi en leur biere et qui souvent après bien des tâtonnements, des erreurs, des découragements ont réussi à sortir une «bonne biere » originale faite de flaveurs, de saveurs à nulle autre biere pareille. Bien souvent malheureusement ces brasseurs ayant déjà bien de loccupation pour dorloter leur biere ont bien du mal à la commercialiser. Devant le matraquage des bières des grands groupes, les petits brasseurs ne peuvent suivre car pour vendre leur biere il faut bien évidemment montrer sa biere, faire goûter sa biere, faire apprécier sa biere. Ces nouveaux brasseurs sont rarement des hommes de terrain, des «commerciaux ». Ce sont de bons techniciens, amoureux de la biere, mais rarement de bons vendeurs. Cest pour cela que jinsiste beaucoup pour vendre leurs bières, car ces bières là méritent quon parle delles. |